Elle hésitait encore et toujours. Avait-elle raison de franchir le pas avec...Lui ? Elle l'aimait...un peu, certes. Elle ne cessait de tourner dans son lit, enfin dans leur lit maintenant. Ne lui avait-on jamais dit de réfléchir à deux fois à la situation avant de s'engager ? Lui voyait bien que quelque chose n'allait pas. Il la prit dans ses bras, avec tendresse, avec amour. Il l'aimait Kenia. Son bonheur c'était elle, la « femme de sa vie » comme il disait. Demain était le grand jour. Un grand jour pour eux, Kenia & Ulrich. Deux longs mois qu'elle avait réfléchi, un simple « oui », ou un simple « non ». Kenia avait accepté. Accepté de devenir Madame Kleinvest. Demain elle dira oui. Le oui qui changera sa vie.
La futur Madame Kleinvest éteignit son réveil. Elle n'avait pas vraiment dormi, la peur au ventre, une boule de stress dans la gorge. Ulrich était déjà levé, sûrement partit profiter de ses dernières heures de liberté avec ses copains. Kenia profiterait de ses sacrées dernières heures, seule. Elle ne voulait voir personne pour l'instant. Encore moins son meilleur ami, celui qui la faisait douter de ses sentiments. Tout du moins pour qui elle voulait être sure qu'elle ne faisait pas une bêtise en épousant Ulrich.
Elle traînait des pieds, elle réfléchissait vraiment de trop. Et Ulrich n'était toujours pas venu la voir, ni prit un minimum de nouvelles. Si il savait ce qu'il se passait dans la tête de Kenia. Des tas de questions auxquelles elles n'arrivaient même pas à répondre. Est-ce que cela était pareil pour toutes les femmes qui allaient se faire passer la bague au doigt ? Elle l'espérait. Et lui, elle aurait tellement aimé qu'il soit présent pour le plus grand jour de sa vie. Il souffrirait trop sûrement.
Elle avait enfin enfilé sa robe de mariée. Rouge et blanc, comme elle avait toujours rêvé. Ses cheveux châtains et bouclés relevés en un magnifique chignon. Un maquillage simple, mettant en valeur ses yeux noirs en amande. Elle était belle, sublime même. Elle restait devant le miroir, dans cette pièce blanche sans aucune gaieté. Seule avec son anxiété. Elle soufflait pour essayer d'évacuer le stress. Rien n'y changeait, elle réfléchissait encore et toujours à ce qui l'attendait après cette cérémonie. Et lui ? Où était-il en ce moment ? Il était sûrement en train de prier le bon Dieu pour qu'elle change d'avis. Il l'aime sa Keni. Sa meilleure amie. On lui avait dit pourtant. Amitié fille / garçon ? Ils y croyaient eux pourtant, mais à vraiment y réfléchir aujourd'hui, elle hésite.
Quelqu'un la coupait en pleine pensée. Elle ouvrit la porte et découvrit Tanissia derrière la porte, sa meilleure amie. Elle n'était pas au courant non plus de ce qu'il se passait dans la tête de Kenia. Pour Tanissia il n'y avait que Ulrich. Ulrich était chic, Ulrich était beau, Ulrich était bien élevé. Qu'elle le prenne donc si il lui plaisait tant à elle. Lui parler de...lui, son meilleure ami ? Oh non Kenia n'y avait même pas songé une seule seconde. Elle savait trop bien ce que Tani pensait de lui. Simple, extravagant, vraiment pas assez chic. A croire que Tanissia ne voyait que l'apparence, le jugement des gens et l'argent. Kenia s'en moquait complètement de tout cela. L'argent ne fait pas le bonheur, il y contribue seulement. Et ça sa meilleure amie ne le voyait pas de cette oeil apparemment.
Tanissia réajustait la robe de la mariée. Elle lui repoudrait le nez, remit en place quelques mèches de cheveux puis s'essuyait un semblant de larme. L'heure de se faire passer la bague au doigt arrivait à grand pas. Et les pensées de Kenia se confondaient de plus en plus. Elle était un peu dans une impasse. Si elle partait il souffrirait. Si elle disait oui, l'autre souffrirait lui aussi. Qu'avait-elle fait au bon Dieu pour mériter cela ? Cette question se posait sans cesse dans sa tête. Et malheureusement pour elle, elle n'avait personne à qui demander conseil. Non, tout le monde ne voyait que le grand Ulrich et ses millions. Pitoyable.
Tanissia s'écartait légèrement de la future Madame Kleinvest, et la regardait de haut en bas. Elle attrapait la main de la mariée et la fit tourner quelques tours sur elle même. Une pointe d'admiration dans les yeux de la meilleure amie. C'était le grand jour.
- Tu es totalement splendide Keni ! S'exclamait Tanissia un sourire fixé sur ses lèvres brillantes de gloss rouge.
La mariée se contentait de sourire. Un sourire crispé. Trois tapotements à la porte se firent entendre. Le moment était arrivé. Kenia soufflait un bon coup. Une grande pression à l'estomac prit place. Elle hésitait de plus en plus. Et elle pensait aussi de plus en plus à lui. Que faisait-il en ce moment ? Elle priait en silence pour que quelque chose retarde le moment fatidique. Mais il était trop tard maintenant. C'était papa qui attendait sa fille derrière la porte. Quand il l'aperçut, une larme s'échappait des yeux ridés du vieil homme. Il aimait sa fille plus que tout, c'était tout ce qui restait à ce pauvre homme. Maman était partie, rejoindre grand-mère là-haut sûrement.
Bras dessus dessous. Elle commençait à paniquer, son père le voyait bien qu'elle était plus que stressée. C'était sûrement le seul qui la comprenait un minimum. Mais la famille passait avant tout. Le vieil homme s'approchait de l'oreille de sa fille et lui murmurait : "Ne t'en fais pas ma Keni, je suis sure qu'il est heureux pour toi". Elle baissait la tête. Elle savait qu'il était heureux de son bonheur. Mais son bonheur à lui comptait aussi.
Le son grave de l'orgue résonnait dans l'église. Tout était en place. Ulrich attendait devant l'autel, l'air assez serein. Il souriait, toujours autant la classe. Elle avait croisé un dixième de seconde son regard. Elle ne pouvait pas plus longtemps. Son coeur se serrait à chaque pas qu'elle faisait. Papa lui déposa un baiser sur sa main, signe de galanterie. Il l'avait laissé là, à côté de son futur mari, et devant ce prêtre. Un prêtre très réputé pour faire les plus beaux mariage avait-il dit.
Beau mariage ou non, le résultat était le même. Ulrich ne cessait de fixer sa chère et tendre. Elle, elle le regardait de temps à autres...quand elle pensait à le faire. Pour l'instant son esprit n'était tourné que vers lui, son meilleur ami. Tanissia lui avait dit : "La raison vaut beaucoup plus que l'amour". Kenia essayait de se le mettre en tête. Elle n'y croyait pas réellement, mais faisait semblant du moins pour ne pas décevoir sa famille. Elle écoutait à moitié les récits du prêtre. Elle n'y prêtait pas vraiment attention. Tout du moins jusqu'à ce qu'elle entende la question fatidique :
- Mademoiselle Chleinse Kenia, Sarah, Sonja. Voulez-vous prendre pour époux Monsieur Kleinvest Ulrich, Andreas, Peter ici présent ?
Son sang ne fit qu'un tour. Elle voulait répondre "oui" pour le bonheur de sa famille. Mais aucun son ne sortait. Un silence plat résonnait dans l'église, un silence angoissant. Ulrich gardait toujours sa sérénité malgré la peur qui le rongeait petit à petit. Le prêtre tenta un semblant de toussotement pour faire réagir la mariée. Elle avait un air ahuri, elle ne cessait de regarder Ulrich et le prêtre chacun leur tour.
- Keni ? S'inquiéta Ulrich auprès de sa future femme.
- Mademoiselle Chleinse Kenia, Sarah, Sonja. Voulez-vous prendre pour époux Monsieur Kleinvest Ulrich, Andreas, Peter ici présent ?
On sentait un air de panique dans la voix du prêtre. Lui qui avait réputation d'être le meilleur prêtre de la région, il ne fallait surtout pas qu'il fasse erreur lors de la cérémonie. La mariée ne répondait toujours pas. Les invités commençaient à s'agiter, leurs messes basses résonnaient. Kenia jetait un regard vers son papa. Le vieil homme avait quelques larmes au bord des yeux. Il avait enfin compris ce qu'il se passait dans la tête et surtout dans le coeur de sa fille. Il hochait légèrement la tête pour lui donner son accord. Ulrich était un homme adorable mais le bonheur de Kenia passait avant tout.
Elle prit les mains de Ulrich entre les siennes. Elle savait qu'il allait souffrir, mais Ulrich est un homme bien, il comprendrait. Elle lui souriait faiblement, les yeux embués de larmes. Les invités regardaient attentivement la scène qui s'offrait à eux. Généralement ils n'avaient vu cela qu'à la télévision. Elle lui caressa légèrement la joue, il gardait sa main posée sur sa joue puis lui embrassa le bout des doigts. Elle s'avança vers lui et lui déposa un tendre baiser sur le coin des lèvres, le dernier.
- Je...je suis désolée Ulrich, j'aurais dû...
- Chut. Ne t'en fais pas, je préfère te savoir heureuse avec lui que malheureuse avec moi.
- Merci. Merci Ulrich. Tu es vraiment un homme formidable, je suis sure que la femme qui entrera dans ta vie sera très heureuse. Et...j'ai passé de magnifiques moments avec toi.
Il souriait. Un sourire triste mais un sourire quand même. Kenia n'attendit pas d'autres réponses. Elle prit sa robe en main, la levait légèrement pour ne pas qu'elle traîne sur le sol puis traversait en courant le couloir centrale de l'église. Le sourire aux lèvres, les larmes de peine se transformant en larmes de joie. Les invités se retournaient tous ahuris vers la mariée en train de courir à grand pas vers la sortie, vers l'amour surtout. Elle courait comme elle pouvait, toutes demoiselles savent combien cela est difficile de courir talons aux pieds. Elle ne voyait plus que lui, celui qu'elle s'était retenue d'aimer. Son amour impossible. Enfin possible à présent. Elle traversait la ville, prit chaque solution possible pour rejoindre son amour le plus vite possible. Métro, bus, elle s'approchait.
Elle voyait la fenêtre de sa chambre. Il n'y était pas pour une fois. Elle déboulait chez lui, sans même prendre le temps de frapper avant d'entrer. Elle parcourait chaque pièce de la maison. Elle avait retiré ses talons et les gardait à la main. Elle se mit à monter les escaliers, lentement. Elle était épuisée par cette course qu'elle venait de parcourir. Aucun bruit ne résonnait dans la maison, était-il partit ? Elle avait tellement peur d'un seul coup. La porte de la chambre du jeune homme était entrouverte.
La demoiselle poussait la porte lentement. Elle grinçait comme à son habitude. Il était là, assis sur son lit encore tout en désordre. La tête entre les mains. Il relevait la tête après avoir entendu le grincement de la porte de chambre. Un air étonné sur son visage, un sourire sur celui de la demoiselle. Il ne se levait même pas, sûrement trop surpris pour y penser.
- Tu...ça y est ? Le mariage est déjà terminé ? Réussit-il à dire malgré la peine qui l'avait envahi en la voyant vêtue de sa magnifique robe de mariée.
- Ecoute ton coeur plutôt que la raison, souriait-elle.
- Comment ça ? Répondit-il les sourcils froncés, les yeux encore brouillés de maquillage laissant apparaître le fait qu'il avait pleuré. Pleuré pour elle.
- Je t'aime Bill.
Il ouvrit ses yeux en grand. L'étonnement, la surprise. L'amour simplement. Il l'aimait sa Kenia. Et il avait tant espéré ce moment qu'il y avait perdu espoir à force. Il ne réussit même pas à se lever. Il était simplement sous le choc, le choc de l'émotion, de la passion. La demoiselle s'approchait à petit pas vers lui puis elle s'accroupissait devant lui. Il n'avait cessé de la regarder, elle était tellement belle. Elle prit les mains du jeune homme, et déposa un tendre baiser sur les lèvres de son amour. Il était encore plus étonné.
- Mais...mais...et Ulrich ?
Elle soupirait de bonheur devant l'incompréhension de son meilleur ami.
- Bill écoute moi. Je n'ai pas pu, c'est toi que j'aime, pas lui.
- Tu m'aimes ?
- Monsieur Kaulitz met du temps à comprendre. Oui je t'aime Bill.
Il n'attendit pas plus longtemps, il l'embrassa. Ils s'aimaient. Ecouter son coeur plutôt que la raison, et il n'avait pas tord...